Que recherche-t-on: la simplicité ou la diversité ?

Que recherche-t-on: la simplicité ou la diversité ?

Bonjour,
L'esperanto ne risque-t-il pas à terme de tomber dans les mêmes travers que l'anglais: c'est-à-dire une langue qui a force d'être parlée par tous plus ou moins bien et de moins en moins bien, finit par perdre sa saveur, ses nuances, ses spécificités. Après quelques années passées dans un milieu international, les Anglophones eux-mêmes se prennent parfois à utiliser, par mimétisme, des formulations ou des expressions qu'ils n'auraient jamais songer utiliser auparavant. On me répondra sans doute que le but est de se faire comprendre et que si tout le monde parle comme ça, la limite entre ce qui est correct et ce qui est incorrect est flexible. Mais c'est un peu si tout en coup je me mettrais parler comme ainsi. Si tout le monde se met à faire et répéter les mêmes fautes dans la même langue, c'est une nouvelle langue qui s'impose: une langue véhiculaire, certes, mais une langue appauvrie ou les concepts, les expressions, la rigueur de la syntaxe se perdent. L'esperanto est-il plus prémuni que les autres langues contre ce type de déchéance ? Je voudrais en être sûr.
En ce qui concerne la richesse des langues, il y a des choses que je ne peux dire qu'en français, mais aussi quantité de choses que je ne peux dire qu'en néerlandais, qu'en anglais, qu'en italien et qu'en allemand. Je parle courramment ces cinq langues mais chacune de ces langues (toutes les langues en réalité) présente des spécificités intraduisibles, soit parce que les concepts n'existent pas dans toutes les langues, soit parce que tout simplement ça sonne mieux dans une langue que dans une autre ("sonner" dans le sens d'"être explicite"). Ces expressions ou ces formulations sont attachées à leur langue d'origine et nécessitent, pour être utilisées, le recours à cette langue d'origine. En italien, on dirait: "..." En anglais, on dirait: "..." Et il y a dans ces spécificités linguistiques, des sources inépuisables de poésie et d'humour qu'une langue toute seule ne suffirait jamais à réunir.
L'esperanto est un projet ambitieux qui a sans doute, je veux bien le croire, des vertus non-négligeables pour faciliter l'apprentissage d'autres langues. Mais si l'esperanto est au croisement des langues, si l'esperanto est un point de rencontre de langues diverses (et c'est fascinant, les points de rencontre), elle risque fort de ne rester que ce point de rencontre. D'autant que si on se mettait à tous parler l'esperanto, il y aura toujours une grande majorité de gens pour ne pas se fatiguer à apprendre les autres langues et leurs spécificités. Et les problèmes de compréhension, les problèmes de simplication du langage, l'absence de nuance dans les discours persisteront. Il ne faut pas oublier que derrière la langue, il y a la mentalité de ceux qui la parlent, leur histoire, leur imaginaire. Si déjà aujourd'hui, beaucoup ne cherche pas véritablement à accéder à cet aspect-là de l'Europe et de sa diversité (il suffit de regarder ce qu'il en est à l'échelle de la Belgique), je crains que l'esperanto ne soit là que pour noyer le poisson. Apprendre les langues et avec elle la diversité de ses voisins, ça prend du temps, cela demande des efforts, cela demande un esprit d'ouverture et ce n'est pas la connaissance de l'esperanto qui nous permettra d'en faire l'économie. À moins de devenir tous pareils les uns aux autres ? Quelle tristesse !


Ce commentaire était en réalité une réaction à la proposition d'introduire l'apprentissage de l'esperanto dans les écoles primaires. Mais soit je m'y suis mal pris, soit il y a un problème sur le site (??), on m'en a fait un nouveau sujet de discussion. Donc, cette contribution est à mettre dans le débat sur l'esperanto, merci de votre compréhension !